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  • Charlène Gouëllo

Comment les réseaux sociaux sont-ils devenus des réseaux marketing ?

Mis à jour : mai 24

On en parle de plus en plus et c'est vrai. Sans le réaliser, les réseaux sociaux ont pris une place très importante dans nos vies.


Avec cette culture du narcissisme, nous sommes entrés dans une ère esthétique : qui aura la plus belle photo : les plus beaux chats, les plus belles décorations intérieures, les plus beaux vêtements, les plus beaux corps, bref : qui aura la "plus belle vie" ? Quitte à se noyer dans cette quête au superlatif.



C'était comment "AVANT" ?


En 2014, lorsque j'ai commencé sur Instagram, un seul mot résonnait : le "partage".


Partager sans attendre en retour : échanger avec sa communauté, un point c'est tout. Peu à peu, les marques ont compris que ces plateformes sociales allaient changer la communication, allait changer le monde. Mais vraiment.


En 2015, lorsque des marques ont commencé à m'envoyer des box pour chats, je n'en revenais pas. On me demandait à moi, de faire tester à mes chats des jouets, des friandises, de l'alimentation et d'en parler sur mes réseaux sociaux. J'avais de la légitimité à leurs yeux alors que je n'avais rien demandé et surtout, je ne partageais pas la vie de mes chats pour ça.

J'étais à 10.000 km de cet objectif et de créer une communauté pour recevoir des produits gratuits. Tout cela était nouveau, on me prenait de court.


Parce qu'au début c'était ça : des produits en échange de visibilité. Les rémunérations sont arrivées bien après.


On s'en souvient des publications avec 20.000 filtres, des cadres noirs, des collages. J'en ai tellement abusé et j'adorais ça ! Je vous ai d'ailleurs fait une petite sélection ci-dessous ;)


Je dirai que les comptes Insta ont commencé à devenir ULTRA narcissiques agrémentés de retouches avec presets il y a environ 4 ans. Lorsque le monde a compris qu'il suffisait d'avoir un beau feed pour "ÊTRE VU" et être rémunéré. Tout le monde voulait sa place au soleil et je le comprends, c'est plutôt bon pour l'estime de soi :) Mais pour combien de temps ?

Si les réseaux sociaux s'arrêtaient demain, quel impact cela aurait-il sur les influenceurs ?

Ils perdraient du jour au lendemain toute leur visibilité et redeviendraient les personnes qu'elles étaient "avant". Les dégâts psychologiques seraient énormes.

Je n'ai absolument rien contre les photos retouchées car lorsque c'est bien fait, c'est très joli et je suis d'ailleurs plusieurs comptes de voyages parce que les paysages me font rêver. Je ne suis simplement jamais rentrée dans ce mood sur mes comptes personnels car j'ai toujours prôné le naturel sur mes réseaux sociaux. Mes photos sont prises à l'iPhone parce que dans la vraie vie, je ne me promène pas H24 avec un Reflex.


C'est impressionnant de voir à quel point tous les prétextes sont bons pour se faire connaître. Les utilisateurs vont désormais créer un compte pour leur chat ou chien, en espérant recevoir de l'alimentation, des jouets, des nids douillets, etc. Commence alors le défilé de toutes marques d'alimentations mises en avant pour tenter d'attirer l'oeil de l'une d'entre elles.

Et ce concept se décline dans tous les domaines : la mode, la décoration intérieure, le sport, etc.

Ce constat est assez flagrant et nous sommes de plus en plus à le faire. Pourquoi ne pas vivre "pour soi" ? Pourquoi avoir besoin de cette reconnaissance sociale de personnes que nous ne connaissons même pas et qui ne nous connaissent pas, dans la vie "réelle" ? Pourquoi devons-nous nous transformer en produit marketing pour nous sentir important ?

Pourquoi cette estime de soi a t-elle tant changé et dégradé les relations sociales ?

Se sentir puissant quand notre photo dépasse 1000 likes, c'est ça le but de notre vie ?

Ces chiffres ont bouleversé les codes et les marques ont contribué à cela, elles l'ont même parfois encouragé.


Mon expérience personnelle avec Britivana m'a permis de mettre en lumière cette ascension de l'image, sa manipulation inconsciente, certes, mais destructrice.

Les pré-adolescents et adolescents d'aujourd'hui qui sont en plein développement de leur identité, de leur personnalité, sont les premiers à être victimes d'un mal être que nous ne connaissions pas avant 2010. La Génération Y a grandi sans les réseaux sociaux. Nous sommes plus à même de prendre du recul sur l'ère du digital et de faire la différence entre réseaux sociaux et vie réelle. Nous nous sommes construits avec et grâce à de vraies interactions. Du face à face. Nous sommes humains et nous avons besoin de cela pour évoluer. Les interactions sociales, en personne, sont primordiales pour s'épanouir, nous en sommes d'ailleurs privés depuis plus d'un an et nous ressentons ce manque.


Sur Instagram, j'ai connu une belle ascension puis mon compte a stagné. Lorsque j'étais éleveuse de chats, en route vers cette ascension, je recevais toute l'attention des marques, tout cela en devenait étourdissant. Mais pour la majorité d'entre elles, les marques ne s'intéressent pas réellement à vous. Elles s'intéressent à la visibilité que vous pouvez leur apporter. On met souvent du temps à le comprendre. Je l'ai compris lorsque j'ai arrêté l'élevage et que mes stats ont stagné.

Je pense que c'est utopiste de penser que les marques s'intéressent à nous pour "notre personnalité". La même personnalité mais 200 abonnés, croyez-moi, vous n'êtes personne pour les marques.

Aujourd'hui, les marques ont compris que le Social media est un levier énorme en terme de visibilité et c'est donc normal qu'elles souhaitent en profiter. Il y a d'ailleurs de nombreux débats entre : mieux vaut-il collaborer avec des nano influenceurs ou des macro influenceurs ? Tout dépend des objectifs des marques et de leurs budgets, bien évidemment.

Cette quête aux statistiques a complètement biaisé ce qu'étaient les réseaux sociaux au début. Il est tout à fait logique que les marques aient pris cette direction puisqu'il faut toujours profiter du positif de chaque projet, de chaque situation. Le monde évolue, l'information et la communication aussi et les réseaux sociaux sont un excellent outil de visibilité.


N'oublions pas qu'il y a trois mondes dans les réseaux sociaux :

- Celui des entreprises

- Celui des influenceurs (créateurs de contenus)

- Celui des comptes personnels

> Les entreprises ont des enjeux, de la visibilité à diffuser, des ventes à générer. C'est une mécanique différente des deux mondes suivants.

> Les influenceurs doivent mettre en avant des marques et générer XXX vues, clics sortants, codes promos, etc. pour prolonger leurs contrats. Ils vivent de cette activité partiellement ou totalement.

> Les comptes personnels partagent et espèrent générer XXX likes pour valoriser leur estime.

Le danger est présent lorsque les comptes personnels s'impliquent trop, jusqu'à transformer leur réalité pour coller à ce qui pourrait plaire aux marques et être remarqués. Bien évidemment, de nombreux comptes personnels sont présents sur les réseaux sociaux dans le seul but de partager avec leurs proches et heureusement !


Je ne me suis jamais vue comme une influenceuse car j'aurais l'impression d'être un produit marketing. Je partage, un point c'est tout. Je fais très peu de collaborations parce que j'aime garder ce naturel sur mon compte. Je ne veux pas qu'on me suive parce que je donne des codes promos :)

Je partage ce que j'ai envie de partager. Parfois beaucoup, parfois moins, c'est au rythme de ma vie, je ne calcule pas et je n'ai pas un planning de publications. C'est important pour moi de garder mon étique et de garder mon jardin secret aussi.


J'aime aussi garder les pieds sur terre, loin de cette démesure que peuvent véhiculer les réseaux sociaux. Je me souviens d'un voyage presse auquel j'ai participé. L'une des influenceuses était "dégoutée" d'être dans telle chambre parce que la dernière fois, elle avait dormi dans une chambre "plus jolie". Je ne veux jamais ressembler à ce genre de personne. Des millions de personnes n'ont pas la chance de voyager et de dormir dans des hôtels 5 étoiles. A quel moment peut-on être déçu de ne pas dormir dans telle chambre ? Ce souvenir restera gravé parce qu'il est important de ne pas oublier d'où on vient et de ne pas oublier notre éducation et nos valeurs.

Aujourd'hui, je suis soulagée de voir que peu à peu, les mentalités changent. Après avoir prôné la perfection dans les feeds, on revient de plus en plus au naturel, au don de soi, à l'acceptation de soi malgré nos défauts, nos handicaps. ENFIN, les réseaux sociaux retrouvent leur éthymologie et j'en suis ravie.

C'est ce que je veux véhiculer tant à travers mes réseaux sociaux que ceux de mon travail. Partager.

Alors oui, les réseaux sociaux peuvent faire rêver. Mais pour moi, on devient un "réseau marketing" à partir du moment où l'on pense avant tout "beau feed" plutôt que "partage". L'acceptation de soi passe par l'acceptation de nos défauts.

Instagram et les marques prennent de plus en plus cette tournure, pour mon plus grand plaisir.


Dans la vraie vie, on se rencontre sans filtre. Pour moi, les réseaux sociaux doivent en être son prolongement. Ils sont libérateurs et vecteurs de rencontres, d'échanges, de partages, ils sont magiques pour cela.



Charlène


Coucou 2014 / 2015


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