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  • Charlène Gouëllo

Comment transformer ses faiblesses en force ?

Dernière mise à jour : juin 6

La plupart d'entre vous le sait, je "souffre" de bégaiement. Je mets "souffre" entre guillemets parce que ce terme a toujours été utilisé négativement. Dès que l'on sort du cadre, de la normalité, nous sommes déviants et la déviance est perçue comme quelque chose de négatif.



Être une enfant, une ado, une jeune femme et une maman qui bégaie, représente des étapes à franchir.

Passer une scolarité la plus normale possible, "faire avec" avec des professeurs qui vous montrent du doigt, c'est devoir se construire par la force des choses, prendre sur soi pour passer outre. Il y a des moments que l'on n'oublie pas et je pense que le corps enseignant devrait être formé pour faire face à des élèves "différents". Je me souviens que mon prof de français en 5ème m'avait mis 10/20 en poésie -alors que je la connaissais par coeur- parce que je l'avais "mal récitée" et pour cause (et j'ai vécu la même chose à la Fac).

Mon prof principal de 3ème m'avait dit "La vie ne sera pas facile avec ça".

Ces paroles ont forcément des répercussions ; la preuve, je m'en souviens encore, 20 ans plus tard. Avec le recul, c'est une force, c'est ce qui m'a poussé à ne jamais abandonner et à prouver que oui, on peut bégayer, mais on peut réussir aussi.


Qu'est ce que c'est, "réussir" ?


Réussir, c'est faire le métier que l'on aime, le métier que l'on a choisi et non pas que l'on a fait par dépit, parce qu'on bégaie. J'ai doublement remonté mes manches pour atteindre mes objectifs et pour faire taire le corps enseignant et toutes les mauvaises langues.


J'ai longtemps vu mon bégaiement comme un handicap, bien que je l'accepte de plus en plus aujourd'hui. Il m'a empêché de vivre pleinement mes années Collège, Lycée, Université, mais il m'a formée, il m'a renforcée, il m'a obligée à me dépasser, il m'a appris la vie.

Dans la vie il faut se battre pour réussir, ne jamais baisser les bras et ce bégaiement a été mon entraînement.

Un handicap, c'est quelque chose qui vous bloque par rapport aux autres, les gens "normaux". J'ai mis des années à décrocher le téléphone, laisser des messages sur le répondeur, aller chercher une baguette à la boulangerie, demander conseil à une vendeuse...

Il y a toujours cette peur du regard de l'autre parce qu'on connait ce regard de "Qu'est-ce qu'elle me raconte", ces personnes qui froncent les sourcils quand vous parlez ou qui détournent le regard car elles sont mal à l'aise. Je vois tout, je sais lire sur le visage des gens. Et c'est comme ça que se créée cette peur du regard des autres.


Je me suis toujours dit que lorsqu'on a un handicap, soit on vit caché, on ne fait rien, soit on travaille doublement pour prouver qu'on a la même valeur que "les autres".

Et c'est cette deuxième option que j'ai choisie.

Depuis toute petite, je m'étais fixée un Bac+5 parce que j'aimais l'école et parce que je savais que la vie professionnelle était déjà compliquée quand on est "normal" alors avec mon bégaiement, je devais avoir un bagage plus solide. Je sais qu'à CV égal, les recruteurs préféreront la personne "normale". L'Homme a peur de ce qu'il ne connait pas.

Mais c'est aussi une forme d'injustice, une forme de racisme.

Alors depuis le début de mon expérience professionnelle, je donne le meilleur de moi-même pour prouver qu'on a bien fait de parier sur moi. :)

J'ai travaillé pendant toutes mes études : fast-foods, magasins de sport, éducation nationale, crèche, banques et assurances. Toutes les occasions étaient bonnes pour montrer à travers mon CV que oui je bégaie, mais que ça ne m'empêche pas d'être productive et de travailler. J'aime travailler, j'aime donner le meilleur de moi-même, me dépasser, travailler sur des projets. J'ai tout le temps besoin d'être en action.


Transformer ses faiblesses en force, c'est s'écouter. Aller là où on le souhaite, sans faire attention aux personnes qui trouveront les bons mots pour vous décourager. En fait, elles ont peur que vous réussissiez là où elles ont échoué. :)


Je rêvais de faire de longues études : c'est fait

Je rêvais de créer mon élevage de chats : c'est fait

Je rêvais de faire le métier que j'aime : c'est fait


Aujourd'hui, la vie m'offre le plus beau des rôles, celui d'être maman. Je me suis toujours

dit : "J'espère que mon enfant ne bégaiera pas". Peur qu'il vive les mêmes contraintes, les mêmes angoisses, les mêmes mises à l'écart que moi.

Même si j'ai toujours été bien entourée, je me sens forcément différente car je réfléchis toujours aux situations que l'on va rencontrer. Aller au cinéma : c'est rien pour mes proches. Moi ce que je vois, c'est qu'il faut aller au guichet pour demander sa place. Prendre le bus, c'est rien, mais il faut demander un ticket au conducteur. Tous les détails de mon quotidien, je les devance. Partout où je vais, je développe le film pour devancer les potentiels obstacles. Et tout cela a toujours été une charge mentale énorme.

C'est de ça que je souhaite préserver mon enfant. Mais on ne peut rien prédire et surtout, avec le recul, je réalise que toutes ces années m'ont fait mûrir 1000 fois plus vite et m'ont donné cette envie de réussir, de me dépasser.


Je ne dirais pas que si c'était à refaire, j'aimerais revivre la même enfance :) Mais elle m'a emmenée là où je suis aujourd'hui, et aujourd'hui je suis à ma place, là où j'ai envie d'être et c'est le principal. Avec mon caractère, mes valeurs, les valeurs que je souhaite transmettre. Je sais quelles sont les difficultés de la vie et je sais ce qu'il faut faire pour les dépasser.


Alors au final, ma faiblesse est devenue ma force.



Charlène





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